La Ténareze
Qu’était-ce donc que la Ténareze ?
C’était un itinéraire de notre région.
Sur ce sujet, nombreuses ont été les études et bien souvent même contradictoires.
Il existait un chemin antique, plus ancien même que les voies romaines, partant de la vallée de l’Ebre en Espagne traversant les Pyrénées.et coupant l’Aquitaine dans un axe Sud-Nord. La Ténareze (nom à l’origine indéterminée) suivait la ligne de partage des eaux entre les bassins Adour et Garonne
Partant de la Vallée de L’Ebre, elle remontait par la vallée de La Cinca vers le Port d’Ourdissetou, ou le Port de Plan. Ces mêmes endroits sont baptisés, encore aujourd’hui, par les bergers qu’ils soient français ou Espagnol le Port Bielh qui signifie en Gascon Col Vieux .Ceci pourrait être considéré comme un témoignage d’une très ancienne fréquentation. Fréquenté, mais par qui ? Vraisemblablement par des populations, Celtes ou Ibères vivant de part et d’autre des Pyrénées à des époques antérieures à la colonisation romaine de l’Aquitaine.
La Ténarèze descendait par la vallée du Rioumajou, franchissait la Neste à la hauteur de Tramezaygues. Empruntant la rive gauche de cette même Neste, elle aurait suivi le « camin antic » par Cadeilhan,Guchen ,Ancizan ,Cadeac, Arreau. Elle quittait la Vallée d’Aure à Hèches, pour atteindre le Plateau de Lannemezan, du coté de l’actuelle Avezac-Gare. Elle prenait à ce moment-là le nom de « Camin dera Poutge » (Chemin de crête) en Gascon. Plus tard d’autres voies viendront couper la Ténarèze à cet endroit « Eth camin salier » venant ou de Salies de Béarn ou de Salies du Salat (et dont la présence est attestée dès 1500av.JC) et la voie romaine partant de Toulouse, par Lugdunum Convenarum (Saint Bertrand de Comminges) et allant vers Beneharnum (Lescar) et Dax. Il y avait donc un très grand carrefour. Y a-t-il une relation avec la présence des très nombreux Tumuli (Nécropoles de l’époque préhistorique) ? Aucun doute !
A partir de là, le « camin dera poudge « prenait une direction plein Nord à l’est de Capvern par Lutilhous, Bégole où elle prenait encore un autre nom de « camin dera serra » ou chemin sur la hauteur. Parvenue à Burg elle prenait le nom de « Camin deths Césars ». César ne l’a vraisemblablement jamais empruntée. A Bernadets-Dessus, village limitrophe de Burg, elle reprend le nom de Ténarèze par Bugard, Villembits, Lalanne-Trie, Bernadets-Debat, Mielan. Jamais le moindre ruisseau n’est traversé depuis Tramezaygues. !
Bassoues, Peyrusse-Grande, Lupiac, Sos (Ancien oppidum Romain), Barbaste, Aiguillon sur la Garonne sont enfin atteintes.
Nombreux sont les auteurs qui se sont intéressé à cette « Autoroute de la Préhistoire »comme d’aucuns se sont plu à la dénommer.
Quelques références à des historiens pourraient utilement compléter cet article.
Labrouche La grand’route centrale des Pyrénées. Le port de la Ténarèse Imprimerie Nationale 1897
E Desjardins Géographie de la Gaule Romaine.
J.M Dejeanne De quelques voies anciennes de l’Aquitaine. 1890.
Cavaillès 1935
Jules César : La guerre des Gaules( Episode où Crassus est Chargé de la Conquête de l’Aquitaine en 56 Av J.C.)
Frère Jean (1ère partie)
(Nom donné à l’Hospice de Galan, Hautes-Pyrénées)
D’une famille de sept enfants, Jean-Marie Abadie naît à Bordes le 30 Mai 1822. Il appartient à une pauvre famille de tisserands. Sa mère Jeanne-Marie Commères , apparentée à l’évêque de Tarbes et Lourdes, Monseigneur Laurence, élève ses enfants dans la religion.
Mais le bonheur n’est pas de longue durée. Le père meurt alors que Jean-Marie n’a que 11ans. Il est placé comme domestique pendant 2 ou 3 ans .pour subvenir aux besoins de la famille. Plus tard il entrera en apprentissage chez un tailleur de Tournay.
Parvenu à l’âge « de tirer au sort », c’est-à-dire de faire son service militaire, il en est exempt par son numéro, il cherche immédiatement à se vendre pour déposer son argent entre les mains de sa mère.. Il perçoit 1200 francs pour remplacer un de ses voisins. Ce sera le pain de la famille pour quelque temps. Au cours de son séjour dans le 67e de ligne, il se fait inscrire parmi les membres de la société de Saint-Vincent de Paul consacrant ses loisirs à venir en aide à de pauvres vieillards sans ressources. Il n’apprend que difficilement à lire et c’est à peine s’il sait signer son nom.
A son retour du régiment, il est admis au petit séminaire de Garaison comme frère coadjuteur, attaché au soin des enfants. Il restera là longtemps.
« Son désir de se consacrer tout entier au soulagement des pauvres, des vieillards surtout, tel est son irrésistible attrait. » pourquoi alors ne vouerait-il pas ses jours à soulager de telles souffrances ?
C’est ainsi qu’il se met à songer à fonder un hospice où il recueillerait ces tristes épaves de la vie. Il s’ouvre de son projet à son parent, Monseigneur Laurence, mais celui-ci lui fait remarquer qu’il n’a aucun bien propre pour réaliser son vœu le plus cher. Il décide de demander à une autorité supérieure et part pour Rome contacter le Souverain Pontife en 1858.
Frère Jean (2ème partie)
Seul, à pied, sans argent, ne sachant ni lire ni écrire, il se mit en route, le 1er mars 1858. Il arriva dans le Midi. En traversant la Camargue, il fut arrêté, pour avoir mendié un verre d’eau (mendicité interdite) et emprisonné à Arles. Le R.P. Darbons, originaire de Tarbes, le fit délivrer. Parvenu à Marseille, il fut gratifié d’un passage gratuit, pour Civitta-Vecchia à bord de l’Isère ; cela grâce à l’intervention de Mr Conne qui l’avait reconnu, pour l’avoir connu au 67e de Ligne.
Parvenu à Rome, après 3 jours de voyage, il se présenta au séminaire français. Il fut introduit auprès du Pape Pie IX. Que se dirent les deux hommes ? Nul ne le sait. Il resta quelques semaines, dans la ville sainte, à visiter les nombreux sanctuaires et hôpitaux.
En quittant Rome, il prit son bâton de pèlerin et se dirigea vers Lorette, en demandant l’aumône, et de là vers Florence. Il revint enfin à Garaison après plusieurs mois d’absence.
Le frère Jean avait contracté une dette morale. Il avait fait vœu, s’il revenait sain et sauf de ce long périple, de bâtir une chapelle à St Joseph. Ses quêtes lui permirent de recueillir une somme de 4000 francs. Il put ainsi bâtir non une mais deux chapelles dans le grand jardin du collège. Avec les sous qui lui restaient de la construction des deux chapelles il voulut acheter une ânesse, mais celle-ci lui fut offerte par le Père Peydessus. Avec sa compagne de route il quitta il quitta Garaison, au milieu de l’automne 1860 pour se consacrer au service des pauvres et des infirmes délaissés. Il se dirigea vers le village d’Avezac, pourvu d’une lettre de recommandation de l’Abbé Duprat, originaire de ce village,et curé de Monléon Magnoac.Il y poursuivit ses quêtes : nourriture, linge, argent…qu’il entreposa dans une maison diocésaine à Lannemezan. Là, il commença à attirer des pauvres. Son premier pensionnaire fut un sans- logis.
Les débuts furent modestes et il ne put admettre que 5 ou 6 vieillards qu’il servait et soignait lui-même. Ses faits et gestes étaient suivis avec intérêt par le R .P . Peydessus qui lui envoya un aide : le frère Bernard. Avec les dons, arrivant de tous côtés, le nombre de demandes d’entrée s’accrut lui aussi. Le local s’avéra bientôt trop petit.
Frère Jean (3e Partie) : « Naissance de Galan. »
Au cours de ses quêtes, tout autour de Lannemezan, Frère Jean apprit qu’une maison, entièrement abandonnée, bien située, avec un grand jardin, était à vendre à Galan. Elle avait appartenu à Mr Louges originaire de cette ville. Suite à expropriation, l’abbé Penne, curé doyen de Galan qui, en était devenu adjudicataire et ayant su que Frère Jean, cherchait à s’établir ailleurs qu’à Lannemezan, s’offrit à lui céder son acquisition. Frère Jean accepta la proposition.
Au début de l’acquisition, le bâtiment n’avait que les quatre murs, la toiture, et encore pas en très bon état. Alors commencèrent les travaux de restauration ; la chapelle fut l’objet de soins attentifs. Ce fut le Père Pibou, missionnaire de Garaison, et très talentueux, qui la décora de jolies peintures murales.
La prise de possession de l’Hospice par les infirmes et les vieillards se fit en 1863. La douzaine de pauvres que frère Jean entretenait à Lannemezan devint bien vite, plus importante, au point que ne réussissant pas à venir seul en aide à ces pauvres malheureux, il dut attacher à son Hospice, un certain nombre de religieuses.
En effet, en même temps que se déroulaient ces évènements, se fondait une congrégation de femmes dont trois furent détachées à Galan et installées en mai 1867.
« Deux bons ouvriers de la campagne » s’étaient aussi unis à lui : Frère Louis (de Laslades) et Frère Damase (de Pinas). L’un était jardinier, l’autre boulanger.
Frère Jean dans le même temps fit choix d’un costume sévère : « une robe de bure en étoffe grossière, une pélerine arrondie, une ceinture en laine tressée de couleur violette, un chapeau noir à bords plats et une croix de bois suspendue à un cordon violet comme ceinture. »
Mais une si nombreuse population de pauvres et d’infirmes demandait un service médical.
Frère Jean y pourvut en s’adressant à un docteur de la Faculté de Paris, Mr Pique, qui était venu s’établir dans son pays natal. Celui-ci se dévoua, gratuitement, au soulagement des pauvres malades. Ce fut lui qui soigna Frère Jean durant sa maladie. On ne peut passer sous silence l’œuvre bienfaitrice d’un autre galanais de l’époque, Mr Lestelle . Pharmacien de son état, qui ne consentit jamais à recevoir le prix des remèdes destinés aux pauvres. D’autres encore se sont consacrés au service de l’Hospice Mr Castets notaire, mais aussi Maire et Conseiller Général du canton.
Un décret du 15 Janvier 1874, reconnut à cet asile le titre de «Communauté hospitalière ».
Ce fut l’ère de grande prospérité pour l’hospice de Frère Jean au service duquel se dévouèrent les « Bons Frères et les Sœurs de l’Immaculée Conception ».
Contraception au Moyen-Age
« Le Moyen-Age règne du mystique et du farfelu. »
Lisant ces jours-ci un article de Patrice Roques dans « l’Almanach du Pyrénéen » 2007, collection « Reflets de terroir » aux Editions CPE, intitulé « Quelques rites et croyances populaires dans les Pyrénées centrales », mon attention a été attirée par un passage qui aurait pu paraître anodin au premier abord : « … une femme n’arrive pas à avoir d’enfants--le cycle vital est donc rompu--elle va se frotter le ventre sur l’arête de la Peyre Crabère à Lourdes ».
Cette lecture a fait suite à d’autres lectures du « Guide des Pyrénées mystérieuses » de Bernard Duhourcau, notamment des articles consacrés à des « pierres sacrées. ». En visite chez un médecin généraliste, j’ai retrouvé un article tout aussi surprenant mais d’un intérêt certain pour l’historien. Voici un extrait tiré de la revue : « Avenirs de Femmes » N°15 2005. C’est une publication éditée par le Laboratoire Théramex, filiale du groupe Merck, 6, avenue du prince Héréditaire Albert, BP 59, MC 98007 Monaco Cedex.
Cette citation est extraite d’un article de Carène Verdon in : Petite histoire de la contraception. Etude à travers les âges.
« Le Moyen Age, règne du mystique et du farfelu. »…….. « De nouvelles recettes contraceptives apparaissent du XIe au XVe siècle. C’est ainsi qu’enflammer un trognon de chou et l’éteindre dans le sang menstruel est réputé pour ses propriétés contraceptives.
Autre technique : porter des pessaires au cou ou attachés à la cuisse.
Le règne animal offre de grandes ressources. Pour ne pas concevoir durant une année, il suffit aux femmes de cracher trois fois dans la bouche d’une grenouille. Elles peuvent également lier l’œil d’un cerf qui louche à une racine de marjolaine et l’arroser le soir, de l’urine d’un taureau roux. L’utilisation du mulet, stérile par nature, est également de bon augure pour éviter les grossesses. Il suffit de faire une ceinture avec le poil de ses oreilles, des fumigations avec ses sabots, des talismans avec ses oreilles ou ses testicules, des plats avec son cérumen ou des boissons avec son urine. De même, la fiente d’éléphant mélangée au lait de jument et portée en talisman se place dans la vulve.
Des moyens plus mystiques permettent, selon les croyances de l’époque, d’aboutir aux mêmes résultats. Se laver dans la fontaine de Saint-Martial (Limousin) permet d’obtenir la stérilité tout en l’invoquant. Même résultat pour ceux qui boivent l’eau de la fontaine de Sainte-Estelle dans le Poitou ou ceux qui puisent, avec leur main, de l’eau de source de Notre- Dame-de-Cléry (Sologne), le genou droit à terre…
Laissons, aux lecteurs, le soin d’apprécier le bien fondé de telles pratiques. On ne peut que se féliciter des progrès de la médecine.
Ste Catherine et les "Catherinettes"
Dans quelques jours, nous serons à la Sainte Catherine et nous fêterons les « catherinettes ». A cette date on fête les jeunes filles de 25 ans qui ne sont pas encore mariées. Une tradition qui peut paraître un peu burlesque, veut que ces demoiselles soient affublées d’un chapeau excentrique avec des rubans aux tons vert et jaune, confectionné expressément pour elles.
Qui est donc Ste Catherine ?
Sainte Catherine d’Alexandrie vécut au début du IVe siècle de notre ère et fut martyrisée sur ordre de l’empereur Maxence. Ce sont les Croisés qui ramenèrent sa légende en France. Elle serait aux dires des théologiens, la seule sainte à posséder trois auréoles : la blanche des vierges, la verte des docteurs, et la rouge des martyrs. C’est la patronne des notaires, des meuniers, des plombiers, des fileuses….des jeunes filles à marier !!.
La tradition de Sainte Catherine patronne des jeunes filles à marier remonte au Moyen-Age. Les jeunes filles de 25 ans qui n’étaient pas encore mariées revêtaient des tenues et coiffaient des chapeaux extravagants et se rendaient en cortège devant une statue de la sainte pour la parer de fleurs, de rubans, et la coiffer de chapeaux extraordinaires. Elles coiffaient Ste Catherine dans l’espoir de trouver un mari. Elles allaient au bal et celles qui voulaient trouver un mari mettaient un chapeau « fou » avec des rubans jaunes et verts.
C’est de là qu’est venue la tradition de « coiffer » Ste Catherine pour les jeunes filles, ayant atteint 25 ans dans l’année sans être mariées. Cette tradition se fête encore surtout dans les métiers de fileuses et couturières par un bal des « Catherinettes ».
Les Cagots
Au Moyen-Age on désignait ainsi certains hommes que l'on appelait aussi "capots"," lépreux", "gahets", "gésites", ou parfois "juifs"," crétins", "bohémiens", crestiaas",…
De quelle si basse extraction , de quelle race étaient-ils donc pour mériter de telles conditions de vie? Descendants des Goths ,des sarrasins… Nul ne le sait vraiment !!
Leur condition était telle que l'on faisait d'eux des parias de la société du Moyen-Age et même de l'époque moderne. Vrais ou faux lépreux ,comme certains l'ont prétendu, ces "crestiaas" faisaient l'objet de mesures d'exclusion. Les quartiers qu'ils occupaient étaient très souvent insalubres, malsains et dans la Bastide de Trie ils vivaient en dehors des murs de la cité.
Ils ne côtoyaient point les autres habitants dans la vie de tous les jours. Concernant la Bastide de Trie les cagots auraient vécu dans des "tutas", maisons troglodytiques situées dans les bois de Lapenne-Puydarrieux. A Burg ils auraient vécu dans un quartier que la toponymie locale continue d'appeler "eths crestiaas" quartier encore aujourd'hui marécageux.La présence de Cagots est attestée dans de nombreux endroits du Sud-Ouest : Vic en Bigorre ,Mazerolles tout près de chez nous.
Ils portaient sur l'habit en signe de reconnaissance un carré de tissu rouge ou une patte d'oie sur l'épaule droite. Quel ostracisme déjà. (Les nazis n'auraient-ils donc rien inventé!). Ils ne pouvaient se marier qu'entre eux
Dans les lieux de culte, l'entrée dans l'église se faisait par une porte spécifique appelée porte des "cagots" un bénitier leur était réservé ,ils étaient séparés par une grille du reste des fidèles quand ils n'étaient pas cantonnés dehors et assistaient aux offices par une ouverture par laquelle ils pouvaient voir l'officiant. Les enterrements se déroulaient dans des endroits qui leur étaient propres.
Bien des métiers leur étaient interdits( notamment les métiers de bouche). Souvent ils étaient journaliers, charrons, charpentiers, maçons..(G. Fèbus fit construire le château de Montaner (64) par des Cagots de la région d'Oloron. Ces métiers n'étaient pas sensés transmettre le mal dont on les accusaient d'être porteurs.
Ils furent parfois même pourchassés comme de bêtes, accusés qu'ils étaient de tous les maux.
Cette situation devait durer jusqu'à la fin du XVIIe siècle et même bien plus tard avec l'ordonnance prise par Louis XIV du 8 Mars 1696 par laquelle il décréta l'égalité des cagots et de tous les habitants du Béarn, de la Bigorre…
Bibliographie: "Le mystère des cagots, race maudite des Pyrénées" par Michel Fabre aux Editions M.C.T. 10 rue Lapouble 64000 Pau
"Des Lépreux aux Cagots recherche sur les sociétés marginales en Aquitaine médiévale" par Françoise Bériac publié par la Fédération historique du Sud-Ouest
Université de Bordeaux III 33405 Talence
Mort d'un ministre à Burg !
Dans la chronique des faits divers d'un journal local on a pu lire ces jours-ci:
"Mort d'un ministre à Burg "(Hautes-Pyrénées)
La relation des faits nous livre peu d'informations et les points d'interrogations sont nombreux. De quel ministre s'agit-il? En fait, selon certains témoins (dignes de foi? ) l'événement se serait déroulé de la façon suivante.
De notre correspondant particulier
" Il était environ dix heures, samedi matin, quand quatre ou cinq individus, aux mines patibulaires auraient été vus se dirigeant vers le domicile, temporaire, de notre ministre.
Ils l'auraient extrait de ses appartements, manu militari, l'auraient amené et l'auraient trucidé, sans d'autres formes de procès, les uns le tenant fermement et le cinquième, détail horrible, lui fichant un couteau dans le cœur C'est la seule blessure retrouvée sur la malheureuse victime !!! Autre élément bien surprenant lui aussi, on a retrouvé le défunt bien propre, rasé de près comme pour la toilette d'un mort D'après certains éléments en notre possession, le corps aurait été mutilé après sa mort.
C'est ainsi que des voisins l'ont découvert dimanche matin et ont avisé les autorités. Après enquête il s'est avéré qu'il y a même eu banquet pour fêter la disparition du malheureux ministre. Qui était ce ministre ? Qui sont les auteurs de ce crime ?"
Surprenant non ?
NDLR L'article de presse s'arrête là.
En fait de surprise il s'agit simplement de méprise de la part du journaliste vraisemblablement peu au courant des traditions de notre région. Le "ministre" c'est ainsi que l'on nommait autrefois dans nos campagnes gasconnes, le cochon que l'on allait tuer pour le " pèle-porc" . C'est une coutume qui tend aujourd'hui à disparaître sous les assauts d'une norme européenne et d'un européanisme exacerbé. Beaucoup ont oublié que l'on nommait aussi ce jour "La saint-Cochon".
Antin ou Montespan à Bonnefont ?
En préambule: La raison de ce choix de texte est dû au fait que la plupart des événements. se sont déroulés dans les environs immédiats de Trie sur Baïse.
Antin est un petit village du Canton de Trie sur Baïse dans les Hautes-Pyrénées.. Ce village est le berceau de la famille qui porte aujourd'hui son nom. Cela se passait fréquemment au Moyen-Age . A l'origine, la Maison d'Antin a figuré dans la grande Noblesse de Bigorre. Le nom de cette bourgade est passé par le bon vouloir de Louis XIV à un quartier de Paris: La Chaussée d'Antin !!!
Ce nom figure dans la Charte des Fors de Bigorre du XIe siècle .Ce lieu y est mentionné comme l'un des six lieux de grande Féodalité. Le Comte de Bigorre n'y possédait que le "droit de gîte" ou d'hébergement. Ceci montre bien l' ancienneté de ce village.
La puissante famille d'Antin , aux dires de certains historiens, aurait porté le titre de Baron. Mais des documents antérieurs au XIIIe nous la présentent sans le moindre titre avec le seul nom patronymique de Comte-Bo . Alors Comte ou Baron ? Vraisemblablement ni l'un ni l'autre. Elle vécut là jusque vers le XIVe siècle, elle quitta ces lieux pour aller se fixer au village de Bonnefont où elle possédait un manoir en bien meilleur état que le Château d'Antin.
On trouve cette noble famille dans les Croisades, dans les combats entre les comtes de Bigorre et de Foix ou contre Simon de Monfort?
Vers le milieu du XVIe siècle, il y eut interruption dans la descendance masculine directe et Jeanne d'Antin, fille aînée d'Arnaud, le Sénéchal, qui habitait déjà Bonnefont épousa Hector, baron de Montespan en 1561, de la famille Pardaillan-Gondrin.
Cette famille de Pardaillan-Gondrin était originaire de l'Armagnac et Hector était appelé lors de la prise de Rabastens en Bigorre en 1570 par Monluc, Monsieur de Montespan. Ceci parce que son père, le Baron de Gondrin, avait épousé Paule d'Espagne, héritière d'Espagne-Montespan. Mais voilà que le château de Montespan est à son tour ,en mauvais état ; tout comme l'avait été le Château d'Antin autrefois. Donc Jeanne et Hector de Montespan viennent habiter Bonnefont C'est ainsi que ce manoir de Bonnefont. prend le nom de Château de Montespan. C'est là que Jeanne mourra en 1610 et Hector de Montespan en 1611
Louis XIII pour récompenser les services qu'Antoine-Arnaud avait rendus, érigea en Marquisat les terres d'Antin et de Montespan en 1615.
De l'union de Jeanne et d'Hector devait naître Antoine-Arnaud qui par deux mariages devait laisser une postérité de 15 enfants.!
L'aîné de cette nombreuse postérité, Roger-Hector, épousa en 1635, Chrestienne ou Christine de Zamet. ;quatre enfants naquirent de cette union. Après le décès de l'aîné Louis-Henri ,le cadet, ne s'appela plus que le Marquis de Montespan. Il épousa Françoise-Athénaïs de Rochechouart ou de Mortemar connue en histoire sous le vocable de "La Montespan".
(A suivre)
Les Montespan (Suite)
La Célèbre épouse du Marquis de Montespan n'est jamais venue à Bonnefont dans les Hautes-Pyrénées où elle a fait un jour reléguer son mari.
Françoise Athénaïs de Rochechouart de Mortemar était fille de Gabriel de Rochechouart, Duc de Mortemar. Elle n'eut qu'un frère, le Duc de Vivonne et deux surs dont l'aînée fut mariée au Marquis de Thianges et la deuxième devint abesse de Fontevrault.
Athénaïs avant son mariage portait un autre nom ,Mademoiselle de Tonnai-Charentes.
"Blonde aux cheveux bouclés, cils et sourcils d'un très beau noir, nez aquilin comme son royal amant, de grands yeux bleus, front hautain, un teint à la blancheur éblouissante," tel est le portrait qu'en faisait un contemporain.
Née en 1641,elle avait 22 ans, quand Henri_Louis de Pardailhan de Gondrin Marquis de Montespan subjugué par cette jeune beauté la demanda en mariage. Introduite à la cour, peu de temps après, la Duchesse de Navailhes la fit entrer au palais en qualité de Dame d'Honneur. (en 1664)
Introduit lui aussi à la Cour, mais agacé par les intrigues des uns et des autres et les intrigues amoureuses du roi et de la Duchesse de la Vallière, il regagna ,bon gré mal gré (peut-être à la demande de sa femme), la province et incita son épouse à le suivre. Celle-ci refusa, on s'en doute, arguant qu'elle devait son emploi à la reine et resta à Versailles.
Les lettres de son mari ne réussirent point à la convaincre de gagner le foyer conjugal , les belles Pyrénées tant vantées par ce der nier et son château de Bonnefont..
Montespan averti que son épouse le trompait effrontément lui réclama le fils qu'il avait d'elle sous la menace qu'il la ferait enfermer dans un couvent si elle refusait. Ne signait-il pas les lettres qu'il lui adressait de "Votre infortuné mari."
La Montespan pour sa défense accusa son mari de l'avoir négligée avant qu'il ne parte aux Pyrénées. Elle ne se montra guère tendre envers lui "l'accusant même d'être vulgaire et d'être comme un meuble utile au ménage".
A la suite de tout ceci, il alla même jusqu'à demander l'annulation de son mariage ce qui lui fut refusé .Montespan crut devenir fou. Est-ce parce que entre temps la Marquise de Montespan était devenue la maîtresse en titre du Roi ?
Toujours est-il que :
"Il prit le plus grand deuil qu'on ait jamais vu. Il fit tendre sa porte cochère en noir. Il drapa ses chevaux et ses carrosses de noir. Il commanda un service funèbre à sa paroisse où il invita la ville et les faubourgs. Il disait et écrivait partout qu'il n'avait plus de femme que Madame de Montespan était morte d'un accès de coquetterie et d'ambition et il parlait de se remarier après l'année du deuil et du veuvage"
Mais les incartades de Monsieur de Montespan ne s'arrêtent pas là. Vous en connaîtrez d'autres dans le prochain article
Les Montespan (Fin)
N'étant point méchante, par nature, Mme de Montespan ne voulut jamais que Mr de Louvois embastilla son mari. Elle finit par avouer que le fils qu'elle avait eu avec son époux ( "Mon fils d'Antin") n'était rien au roi et que le Marquis était son père.
Le Marquis intima l'ordre à sa femme de quitter son nom et ses armes. Ainsi y eut-il séparation officielle. Louis XIV agacé par toutes les incartades, adressa à Colbert une lettre dans laquelle il lui donnait ordre de le débarrasser de ce personnage qui faisait trop de bruit.
Saint -Simon dans ses" Mémoires "rapporte ainsi les paroles du Roi:
"Monsieur Colbert, il me revient que Montespan se permet des propos indiscrêts. C'est un fou que vous me ferez le plaisir de suivre de près… Je sais que Montespan a menacé de voir sa femme et comme il en est capable et que les suites en seraient à craindre, je me repose sur vous pour qu'il ne parle pas…qu'il sorte de Paris au plus tôt"
Montespan tenta de faire enlever son fils, après qu'il eut demandé au Parlement qu'on le lui rende. La Montespan refusa. Entre temps le Roi lui avait promis que l'enfant qu'elle avait eu avec son mari serait Duc.
Pour en finir celui-ci s'en retourna aux Pyrénées et s'en alla voyager dans divers pays pour oublier.
Au bout de quelque temps les faveurs du Roi allèrent tiedissant et la Maitenon la supplanta dans le cœur du Prince. Mme de Montespan en devint comme enragée en Avril 1680, aux dires de Mme de Sévigné. La liaison avec le Roi avait commencé en 1667 et cessa définitivement en 1685. Elle aurait entre temps voulu frapper le Roi avec un couteau, est-ce là la raison de sa disgrâce ou "L'affaire des poisons" ?
Toujours est-il qu'elle mourut en 1707 aux eaux de Bourbon, âgée de 66 ans.
Terminons par ce dernier élément de la vie de la Montespan narré par l'auteur des "Impressions de voyage"
"Madame … avait légué son cœur au couvent de la Flèche, son corps à l'abbaye
de Saint-Germain-des-Prés et ses entrailles au prieuré de Saint-Menoux. La Flèche et Saint-Germain reçurent les legs funéraires…et on chargea un paysan de porter à l'église voisine la part des restes mortels qui lui était destinée. Malheureusement, on avait oublié de lui dire de quel fardeau il était chargé. Au milieu de la route, l'envie lui ayant pris de savoir ce qu'il portait, il ouvrit le coffre et croyant être le jouet de quelque mauvais plaisant, il jeta ce qu'il renfermait sur le revers du fossé. Un troupeau de porcs passait dans ce moment et les plus immondes des animaux dévorèrent les entrailles de la plus hautaine des femmes"
Les Favorites du "bon" Roi Henri
Passant un jour dans la proche banlieue de Pau, mon regard fut attiré par un panneau indicateur :"Andouins"
Soudain resurgit à ma mémoire l'histoire de la :
Belle Diane d'Andouins dite la "Belle Corisande" la première des maîtresse de notre bon Roi Henri. Et nous voilà partis avec les passagers de ma voiture sur l'itinéraire amoureux "deth noste Enric" Qu'elle est loin Marguerite de Valois .(Elle est emprisonnée à Usson depuis 1586) Immédiatement ce sont aussi d'autres noms. qui reviennent à la surface:
Françoise de Montmorency "La Fosseuse" avec laquelle il aura un enfant non légitimé,
Gabrielle d'Estrées avec celle-ci il aura 4 enfants: Catherine -Henriette de Bourbon César de Bourbon tous deux légitimés et François et Alexandre de Vendome non légitimés A la même vitesse vient aussi alors qu'il vient d'épouser Marie de Médicis
Catherine-Henriette de Balzac d'Entraygues, qui lui donnera deux enfants de plus: Henri de Bourbon et Gabrielle-Angélique
La 5ème sera Jacqueline de Bueil qui lui donnera Antoine de Bourbon
La dernière dans la série sera Charlotte des Essarts qui enfantera de Jeanne-Baptiste qui deviendra Abbesse de Fontevrault et Marie-Henriette de Bourbon qui quant à elle sera abesse de Chelles
.Combien aurait-il fallu encore ajouter de maîtresses et de Batards si le dénommé Ravaillac n'était venu interrompre une telle série !!
Mini-guerre de religion à Burg en Bigorre en 1831
Burg (petit village de nos coteaux), compte 620 habitants en 1831, dont 560 se disent de l'église catholique de Chatel et 60 de l'église romaine.
L'abbé Ferdinand Chatel né en 1795 dans l'Allier est d'abord aumônier militaire. Après les journées de 1830, il fonde son église basée sur le théisme et l'usage du français dans les offices. Après 1848 il préconisera le divorce et l'émancipation de la femme : motifs suffisants pour l'époque pour le faire condamner
L'église catholique de Chatel a quelques adeptes dans les Hautes-Pyrénées à Lourdes, Sinzos, Lhez , Montastruc et surtout à Burg.
A Burg le Maire est acquis aux idées nouvelles. L'Adjoint lui est resté fidèle à l'église romaine.
L'adjoint prévient le Préfet, Monsieur de Saint Aignan, des premiers troubles survenus entre les deux éléments de la communauté le 13 juillet 1831.
En effet le sieur Trescazes ministre de Chatel vient dire sa « messe » à l'église romaine et cherche à éloigner le curé « légitime ». Le maire totalement illettré a été facilement acquis aux idées nouvelles.
Le Préfet avertit le Maire que Trescazes n'a pas le droit d'officier n'étant pas nommé par l'évêque.
Le Maire lui répond que l'Evêque n'a pas voulu nommer de prêtre à Burg et que de toutes façons l'église est propriété de la commune et donc libre d'en faire ce qu'elle voudra. Monseigneur de Neirac alors évêque de Tarbes n'accorde pas une importance démesurée à l'affaire de Burg.
Le Notaire de Tournay consulté par le Préfet donne un avis quelque peu surprenant : « Les gens de Burg n'ont rien à faire de l'église de Chatel, ils voulaient un curé, il se trouve que celui-ci adhère à l'église de Chatel, un point c'est tout. »
Mais une autre personnalité consultée souhaite que le Préfet prenne une décision. Il écrit que « le Maire a complètement perdu la tête !'il a même réuni la Garde Nationale et fait « battre la caisse » pour dire que le roi Louis-Philippe avait été détrôné et remplacé par Lafayette !
Le Procureur du Roi sommé par le Préfet de prendre une décision temporise trop et finit par envoyer les gendarmes. Le brigadier de Tournay et deux hommes arrivent à Burg avec pour mission d'aider l'adjoint( hostile au Maire et à Trescazes) à remettre l'église entre les mains de l'Evêque. Les gendarmes sont hués par plus de 300 personnes convoquées à l'appel des cloches.
Une compagnie du 34e Régiment d'Infanterie de Ligne est envoyée sur les lieux. Des sentinelles sont postées devant l'église et au cimetière. La troupe est logée et nourrie chez l'habitant grâce aux billets de logement délivrés par le Maire.!! Il n'envoie les soldats que chez les adversaires de l'église romaine à raison de quatre soldats par maison
Les fidèles de l'église française ne pouvant plus se réunir à l'église du village aménagent le rez-de-chaussée de l'ancien Presbytère en chapelle.
Nouveau problème : Le presbytère, vendu comme bien national à la Révolution a été racheté par 20 familles de Burg. Parmi ces propriétaires, figurent des fidèles de l'église romaine d'autres de l'église française. Les premiers tentent une action en justice. Peu à peu les esprits se calment et ce n'est finalement qu'en Février 1833 que tout rentre dans l'ordre. Trecazes a disparu, Rousselin son successeur maintient ses fidèles sous tension
Le 18 Février 1833,l'Evêque peut enfin écrire au Préfet : «
les esprits et les curs des habitants de Burg a triomphé »
Sources (Le diocèse de Tarbes et Lourdes (J.B Laffont) - ADHP 1M19 - Extrait du Journal « La République » du 25 Mai 1985 signé Jacques Longué
« Demoiselles » contre « Salamandres »
Rassurez-vous, il ne s'agit pas d'une fable méconnue de La Fontaine mais bien d'une lutte de pauvres hères des vallées pyrénéennes contre le pouvoir en place des gardes des Eaux et Forêts, de la gendarmerie et des riches propriétaires terriens.
Les causes de ces révoltes sont assez faciles à définir : situation économique catastrophique , denrées manquantes ou hors de prix, « soudures » difficiles, conditions climatiques mauvaises entraînant le manque de nourriture pour le bétail, de nouvelles contraintes établies par le code forestier de 1827,code draconien :Ramasser du bois mort, couper une branche faire pacager le bétail en trop grand nombre dans les forêts est une infraction
Les « Demoiselles » : Il s'agit en réalité d'hommes qui avaient revêtu par dessus leurs vêtements, une chemise de lin blanc avec de larges manches , la tête recouverte de mouchoirs ou de coiffes de femmes. Leur visage était noirci au charbon de bois ou à la suie pour se rendre méconnaissables Ils étaient armés de haches de bûcherons, de piques, de gourdins ,de fusils. Qui étaient-ils ? De pauvres paysans de vallées ariégeoises,, d'anciens soldats sans solde, des transfuges espagnols
. Ils se regroupaient au son de trompes, ou de sonnailles, de signaux de fumée
Ils auraient peut-être eu pour général un dénommé Jean Vidalon, un être complètement illettré, ne sachant ni lire ni écrire ni signer son nom. Ils s'en prennent aux gardes, aux gendarmes, aux charbonniers et en général à tous ceux qui font obstacle à leur libre utilisation de la forêt.
« Les Salamandres » C'étaient des gardes des Eaux et Forêts ainsi surnommés à cause de leur uniforme noir à liserés jaunes.
Trois traits à cette révolte : masse très importante de révoltés, plusieurs centaines voire des milliers ; des troubles centrés sur deux régions le Castillonnais et la vallée de Massat, ; relativement peu de morts.
Les Evènements : On pourrait dire que les faits majeurs commencèrent au mois de Mai 1829 lorsque six bergers furent surpris avec leurs troupeaux en délit de dépaissance( pratique interdite) dans les forêts de Saint Lary, petit village situé entre Aspet et Castillon en Couserans par une vingtaines de gardes forestiers. Les gardes furent obligés de se retirer car des paysans armés et déguisés(une centaine) qui étaient accourus pour prêter main forte aux bergers les avaient. pris à parti. Si ces faits se sont déroulés entre le 25 et le 30 Mai 1829 d'autres escarmouches de moindre importance avaient eu lieu entre 1827 et 1829. dans les forêts du Castillonnais mais c'était la première fois en 1829, qu'apparaissaient les Demoiselles.
Autres cibles des Demoiselles les charbonniers qui fabriquaient du charbon de bois pour les forges de la région. Les demoiselles détruisirent tout le matériel de ces charbonniers.
Les interventions de ces êtres carnavalesques furent nombreuses. Prises à leur propre jeu, il y eut même des démonstrations de force : défilés de plusieurs centaines de « masqués » notamment à Massat le jour de la fête locale. Mais si tôt ces interventions terminées , ces « demoiselles » disparaissaient comme par enchantement.
Tous ces événements se déroulaient dans un fond de disette presque de misère alors qu'à côté de tout cela des maîtres de forges, de grands propriétaires terriens possesseurs de grandes forêts privées vivaient dans l'opulence. Ainsi les Demoiselles s'en prirent-elles à ces richissimes propriétaires, anéantissant châteaux, métairies, forges, moulins, usines,
Il arriva même qu'il y eut des interventions sans déguisements.
La plupart de ces faits devaient prendre fin en 1831, mais épisodiquement les « Demoiselles » reparaissaient le long de la chaîne pyrénéenne lorsque les populations étaient trop choquées , en Comminges, Bigorre, Béarn, vallée d'Aure, vallée du Castelloubon
et ceci jusqu'en 1870..
Bibliographie : Les Pyrénées au XIXe siècle J.François Soulet Eché
Noëls! et cadeaux!...
Cette dualité trouve son origine bien avant le Christianisme. Les anciens s'offraient des présents pour célébrer l'an nouveau. Cet an nouveau ,d'aucuns le faisaient commencer, à la suite d'une erreur de calcul d'un astronome grec, le 25 décembre alors qu'il aurait fallu le faire commencer le 21 décembre jour du solstice d'hiver.
La coutume voulait que l'on s'offrit des douceurs . Les cadeaux quant à eux étaient réservés aux enfants A l'origine c'était une fête païenne et ce n'est que beaucoup plus tard qu'elle deviendra fête chrétienne. Les coutumes ou les croyances qui s'y rattacheront seront de plus en plus nombreuses:
La bûche de Noël, La morue, La daube, Le réveillon des Bêtes, Le pain béni de Noël, Les sapins de Noël
La bûche de Noël' (era soca de Nadau en Gascon) qu'il faut traduire par souche est bien sûr la souche de l'arbre. Elle séchait très souvent d'une année à l'autre mais on n'exigeait pas d'elle qu'elle brulât à grandes flammes mais qu'elle se consumât très lentement (même pendant plusieurs jours) mais surtout il ne fallait pas qu'elle s'éteignît la nuit de Noël
Suivant les régions des Pyrénées centrales ou du piémont pyrénéen, cette "consumation" avait des durées qui pouvaient varier de 1 à 12 jours Au vu de cette durée, autant pour la souche que pour la cheminée la taille devait être très importante. Autour de cette souche avait lieu une veillée ,souvent les voisins venaient nombreux passer la soirée en attendant la messe de minuit. Là se racontaient des histoires de fées ,de sorcières de loups garous
Au retour de la messe certains faisaient le réveillon fait de daube ce qui était presque un luxe ou même tout simplement une nécessité biologique vu que dans les jours qui précédaient on avait assez souvent subi un autre carême.
La morue: Dans certaines régions pyrénéennes on faisait donc un second carême Certains jours on ne mangeait pas de viande ou plus simplement la veille de Noël seulement. Que mangeait on ? de la morue, des carottes du lait
parfois on faisait maigre simplement !! Ces mets ensemble n'étaient guère appréciés des populations pyrénéennes qu'elles soient des massifs ou du piémont.: Couseran, Comminges Bigorre. Personnellement je n'ai point connu la morue mais j'ai tout de même du subir le "maigre" en Bigorre. la veille de Noël.
Le réveillon des bêtes Les paysans avaient pour habitude de suralimenter les bêtes le soir de Noël (chiens lapins cochons
) Les vaches elles aussi bénéficiaient d'un régime de faveur: mangeoires plus pleines, plus de litière (N'y a t 'il pas là une réminiscence de la crèche ?) Il ne fallait surtout pas rentrer dans les étables ce soir-là ( ça portait malheur à celui qui transgressait l 'interdit .)
Le pain béni de Noël Voilà une autre coutume de Noël dans les Pyrénées bien surprenante Certaines familles apportaient à la messe de minuit des pains qu'elles avaient pétris et cuits elles-mêmes dans le four familial. Une partie de ce pain était offert au prêtre et l'autre partie était ramenée à la maison. Ce pain béni à la messe de minuit avait des vertus protectrices: on en donnait aux bêtes malades(Eh oui !!!) aux gens et même aux femmes en couches pour que tout se passe bien. Ce pain ne devait jamais être jeté mais brûlé tout comme le laurier des Rameaux.
Une autre croyance bien surprenante c'est que si Noël tombait un vendredi il y aurait beaucoup plus de morts dans l'année à venir.
Les sapins de Noël et les cadeaux dans les montagnes pyrénéennes gasconnes ne sont apparus qu'à la fin de la première moitié du XXe siècle mais ceci est une pratique moderne et nous sommes bien loin des coutumes et traditions d'autrefois.
Il existe bien d'autres us, traditions et coutumes bien moins répandus et connus mais qui se localisent sur des aires très réduites..
Marteror *
(Prononcer Marterou),Toussaint en Gascon
Une légende conte que ce jour-là les âmes du Purgatoire ont un jour de trêve; elles assistent à un banquet et quand elles retournent vers le lieu de souffrance, en procession, elles gémissent: "Marteror, Marteroas, quan ei mon diu que tornaras?"*
Dans le calendrier Celtique l'An Nouveau aurait commencé le 1er Novembre. N'y a-t-il pas là une fois encore un quelconque amalgame entre un vieux fonds païen et notre fête chrétienne?
La Toussaint est le terme traditionnellement fixé en Gascogne et plus spécialement en Béarn et Bigorre
pour le renouvellement des Baux à ferme, l'entrée en service des domestiques agricoles. Cette coutume est très ancienne; elle est déjà indiquée dans un acte de 1270.
Que fête-t-on le plus actuellement l'An nouveau Celtique, la Toussaint ou les morts ? Peut-être les trois à la fois!!. Le jour férié n'est pas celui des morts mais celui de la Toussaint. Dans bien des villages gascons il n'y a plus qu'un seul jour Toussaint assimilé au jour des morts (Une évolution de plus!!)
Quelques pratiques ancestrales sont liées à ces jours:
Jusqu'aux années 1950, dans beaucoup de maisons, le jour de la Toussaint, on allumait, pour la durée de la messe, un "plec"* ou chandelle de cire bénie le jour de la Chandeleur..
Dans certains autres endroits, on pratiquait, il n'y a pas longtemps encore, le rite de la souche ou "souquet" à brûler dans l'âtre toute la nuit de la Toussaint au jour des morts. (Une vieille croyance disait que l'âme des morts venait se réchauffer et se nourrir cette nuit-là!!)
Se pratiquait aussi la coutume de l'offrande alimentaire (pain, fruits
) mais hostilité de l'Eglise à l'encontre de cette pratique .On déposait cette nourriture sur la table, devant l'âtre, devant la porte de l'Eglise, parfois même sur les tombes. Il s'agissait bien souvent de pain: "le pain des trépassés"
Il y avait, en même temps, des interdits qu'il ne fallait surtout pas braver:
Dans le monde agricole, interdiction de joindre les vaches le jour de Toussaint, pour quelque travail que ce soit.
Interdiction de faire la lessive ou même de l'étendre, surtout si c'est du linge blanc (couleur blanc du linceul!)
Il existait bien d'autres coutumes "mineures" aujourd'hui disparues. La messe des morts n'a-t-elle pas elle aussi disparu faute de prêtres ou de curés!
*Marteror : Toussaint en gascon mais aussi chrysanthème et peut-être aussi martyre
*Marteror Marteroas quoan ei mon diu que tornaras,?":Toussaint quand est-ce mon Dieu que tu reviendras?"
*Plec: paquet de chandelle de cire d'abeille qu'on portait à l'église pour la Toussaint ou qu'on faisait brûler au chevet des morts
ou pendant l'office des morts. De nos jours on voit dans certains cimetières le "plec" remplacé par de minuscules lampions rouges allumés ces jours de 1er et 2 novembre
Le Bal des Ardents
"Le Roi est Fol". Tel est le verdict. Charles VI est atteint des premiers accès de folie le 5 Août 1392 dans la forêt du Mans. Il a alors 24 ans. Dans sa démence il ne reconnaît même plus les siens. les périodes de rémissions succèdent aux périodes d'accès. Dans son entourage, pour tromper la "mélancolie du Roi", on invente mille divertissements : parties de cartes, fêtes de nuit, bals ... Et c'est ainsi qu'est organisé un bal à l'épilogue fort sinistre qui sera connu dans l'Histoire de France sous le nom de "Bal des Ardents".
En Janvier 1393, un bal est organisé pour le remariage d'une demoiselle d'honneur d'Isabeau de Bavière, épouse de Charles VI en l'Hôtel de Saint Pol.
Le roi et cinq de ses compagnons acceptent de se transformer en "sauvages". Ils revêtent des collants de lin "maillots d'étoupe" enduits de poix et recouverts de poils de la tête aux pieds. On les attache les uns aux autres, sauf le Roi. A cela viennent s'ajouter des masques. Ils sont méconnaissables. Le nom de ces protagonistes est parfaitement connu grâce à Froissart, le chroniqueur de l'époque. Il y a, outre le Roi, Yvain de Béarn, fils naturel de Gaston Fébus, comte de Foix-Béarn et son héritier.
La fête bat son plein quand arrive le frère du Roi, le Duc d'Orléans, accompagné de chevaliers et de porteurs de torches. La Duchesse de Berry veut savoir qui est le Roi parmi les sauvages. Le Duc d'orléans approche la torche qu'un valet tient devant lui. Trop près, car "la chaleur du feu entre au lin". Les sauvages sont transformés en torches vivantes. La Duchesse de Berry fait preuve de courage. Un sauvage non enchaîné passant près d'elle, elle le recouvre avec la traîne de sa robe, éteignant les flammes à leur tout début. C'est le roi!
Il n'en est pas de même pour ses compagnons. L'un des cinq autres réussissant à se détacher peut se plonger dans une cuve d'eau, ce qui le sauve. Deux autres sauvages meurent sur place dans d'atroces souffrances. Le Bâtard de Foix et le Comte de Joigny sont portés à leur Hôtel où ils meurent deux jours plus tard... Voilà comment ce qui devait être une distraction pour le Roi "Fol" se transforma en drâme aux conséquences insoupçonnées.
(On pourra consulter très avan,tageusement l'ouvrage de M. Pierre Tucoo-Chala : "gaston Fébus" aux éditions Deucalion.)
Castelnaux, Sauvetés et Bastides,
1. Les Castelnaux
Après l'an mil, l'apparition de villes nouvelles est un phénomène bien complexe à analyser dans ses causes. Le commerce réduit jusqu'alors naît ou renaît dans certaines villes de Flandre ou du nord de Italie. Le midi de la France n'échappe pas à ce mouvement et bien sûr aussi la Gascogne A cela il faut ajouter d'autres causes: l'affaiblissement de la féodalité ce qui a pour conséquence que les seigneurs eux-mêmes vont être obligés de créer ou de recréer d'innombrables villes "neuves" sur des souches parfois fort anciennes (castra,oppida,burgi
). Ajoutons-y l'augmentation de la population et son insécurité sans cesse croissante;
Ainsi donc au début du IIe millénaire apparaissent des villes neuves qui ne sont au départ que de simples villages et parmi ceux-ci certains le resteront. Ces villes fondées au XIe et XIIe se distinguent de celles des deux siècles suivants par un plan de construction différent. Les premières en date seront les Castelnaux
Les Castelnaus ou Châteaux-neufs (en gascon )ou encore Casteths naus
Au XIe siècle on voit se multiplier des lieux de sureté autour des habitats seigneuriaux. On trouve à ces lieux des toponymes en Castera, Castel, ou même Castelnau En Gascogne le nom de Castelnau est complété par un nom de fief (Castelnau-Magnoac
) Ces petites villes ont pour origine des agglomérations créées par un seigneur dans la dépendance d'un château .Le site du castelnau est toujours défensif et le plus souvent perché. Au centre du Castelnau se dresse une tour carrée ou rectangulaire dont certaines serviront par la suite de clocher( clocher barlong parce que le côté le plus long est le double de l'autre en dimension et se présente de face). Elles ont aussi été utilisées comme logis seigneurial mais surtout comme poste d'observation pour veiller sur les campagnes environnantes. Les maisons se serrent tout autour, laissant peu d'espace pour des rues tortueuses et de petites placettes. L'ensemble est entouré d'une enceinte souvent rudimentaire ,associant bois et pierre. pour de fortes murailles. La population s'y sent ainsi en sécurité Mais lorsque de tels sites n'existent pas on voit apparaître des Sauvetés.(Nous en parlerons au cours d'un prochain article)
2. Les Sauvetés
L'Eglise veut aussi assurer la protection des populations du moyen-âge C'est à l 'initiative du clergé que naissent les Sauvetés. Cette sécurité au lieu d'être garantie par les armes comme pour les Castelnaux l'est par une forme de dissuasion: la menace d'excommunication. En effet quiconque pénètre en terre d'église ou lieu de culte en armes est excommunié. Or les terres sur lesquelles vont naître les Sauvetés sont terre d'église: (Abbayes, églises, monastères
). Nombreuses sont encore de nos jours les dénominations comme: Sauve, Sauvelade, Sauvetat, La Salvetat, Sauveterre(de Guyenne, de Comminges) montrant bien l'origine de ces communautés.
A la limite de ces terres ou finages aux carrefours, les plus fréquentés se trouvent des croix qui marquent l'entrée d'un "espace sacré". Quand les croix sont dépassées, les armes doivent être déposées Le voyageur entre en terre d'église. Le seigneur du lieu n'est pas un homme d'armes c'est un prélat, un abbé, un dignitaire d'un ordre de chevalerie ou de templiers.
Les sauvetés sont bâties le long d'un chemin. Les maisons s'élèvent sur les bords de ce chemin transformé en rue, pas de place publique ou si petite. Un seul espace libre près de l'église. Le lieu d'implantation de ces communautés est généralement un lieu conquis sur la forêt ou terres en cours d'essartage. Ces lieux conquis sont placés dans "la paix de Dieu"
De cette "rivalité" si le terme n'est pas trop fort va naître un peu plus tard au XIIIe siècle un nouveau type de communauté né de l'association des deux communautés déjà évoquées.: (La bastide de Trie naîtra d'un contrat passé entre un seigneur de Duffort
et l'abbé de l'Escaladieu
) Dans un prochain article nous évoquerons la naissance des bastides.
La naissance d'une bastide
A la fin de l'année 1322, le 13 Janvier plus exactement*, à Durfort en Astarac, Bernard de Manas seigneur de Durfort, Géraud d'Esparros seigneur de Puydarrieux, Roger de Mauléon abbé de l'Escaladieu et Pierre de Verdier juge de Rivière, signent un contrat pour fonder une bastide sur les terres qui appartiennent aux trois premiers personnages. Ce contrat s'intitulera "contrat de paréage "et les signataires, les "seigneurs pariers" . Cette Bastide va prendre le nom de Trie** du nom du Sénéchal de Toulouse représentant le Roi de France dans la région.
Cet acte est signé devant Maître Moncassin, notaire à Mirande. et est rédigé dans la langue notariale de l'époque: le Latin. Ce contrat de paréage sera retrouvé en 1895 chez Me Monlezun, notaire à Bonnefont
*A cette époque-là, l'année commençait au mois de mars, et c'est le 9/08/1564 que le roi de France Charles IX, par l'Edit de Roussillon, décida que l'année commencerait désormais le 1er Janvier
**Le site de la future Trie se trouvait en Rivière-Verdun et non en Bigorre
Ruines du Château des Castelbajac
Le baron de Castelbajac reçut en 1352 une partie des terres de Montastruc sur lesquelles il fit bâtir un château, véritable forteresse construite sur une éminence. Ce château fut détruit après la Révolution. Ses pierres servirent en 1862 à la construction de l'église.
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